Contributions

Entre l’enfant et l’animal, un partage de compétences socles

Des interactions facilitées par un partage de compétences socles

Pour Hubert Montagner, les animaux ont probablement développé des capacités à stimuler et libérer des émotions, des capacités proches des compétences socles de la vie relation­nelle, fondamentales dans la construction de l’enfant[1].

« Eponge affective », miroir des émotions et affects des petits des hommes, l’animal offre la possibilité de s’ajuster émotionnellement et affectivement, de « s’accorder » pour se structurer dans un processus d’attachement sécure.

L’enfant humain développe dès sa venue au monde des compétences socles essentielles pour se construire et il les partage avec certains animaux familiers, dont le cheval.

Les compétences socles sont un concept issu de recherches, études et observations cliniques sur l’enfant, pour mieux comprendre les socles fondamentaux de sa construction. Ces compé­tences permettent à l’enfant d’adopter des comportements nécessaires à la satisfaction des besoins vitaux et de s’ajuster à l’environnement, en particulier de s’accorder avec le partenaire d’attachement.

Cinq compétences socles se développent dans les interactions précoces avec la mère et les proches.

  • L’attention visuelle soutenue

Cette capacité permet au tout jeune enfant de maintenir le regard focalisé sur un objet ou une personne et d’intégrer les informations sensorielles qui lui permettent, dans un processus d’association, de combinaison et d’intégration, d’organiser ses propres messages pluri sensoriels.

Les chevaux ont des compétences socles d’attention visuelle soutenue, mais la latéralisation des yeux et la masse de l’animal limitent les interactions de proximité. Néanmoins, il a une vision panoramique et a la possibilité de tourner la tête pour chercher le regard de l’autre et cela se traduit, dans cette étude, par des comportements de curiosité qui ont pu s’exprimer dans un contexte détendu et en ayant la liberté de mouvement. En liberté, il lui arrive de planter son regard dans celui de l’enfant, recherchant le contact visuel.

  • L’élan à l’interaction

Avec l’élan à l’interaction, le jeune enfant manifeste des comportements qui réduisent la distance interpersonnelle, provoquent la proximité corporelle et des contacts apaisés.

En liberté ou guidé à la longe flottante, le cheval, libre de ses mouvements, se rapproche et cherche le contact tactile et olfactif, dans une interaction affiliative par la position «  naseau-nasale », le léchage des mains ou un essai avec l’humain de toilettage mutuel en se frottant contre son corps ou en simulant le mordillement. En portage, cette interaction de proximité n’est guère possible, c’est surtout l’attention visuelle soutenue qui s’exprime de la part du cheval.

  • Le comportement affiliatif

Le comportement affiliatif montre une adhésion aux actes, émotions et affects, aux représenta­tions et intentions du partenaire : sourires, rires, comportements jubilatoires, sollici­tations de l’attention, caresses, prises de la main, bouche posée sur une zone corporelle du parte­naire.

Ce comportement se retrouve chez le cheval étudié. Au portage : l’enfant épouse les mouve­ments du cheval, ajuste son équilibre tonico-postural et organise ses gestes. Il découvre des sensations et des perceptions nouvelles. Dans ce dialogue corps à corps, le cheval perçoit les variations des postures et comportements, les sons émis par le partenaire, les états internes de l’enfant (attristé, craintif, colère). Ainsi, il perçoit l’agitation de l’enfant ou sa joie (qui le fait se trémousser sur son dos), ce qui met d’ailleurs l’animal dans l’inconfort. Il perçoit aussi ses émotions et comportements positifs tels qu’amical, attentif, curieux, détendu, sociable et déve­loppe ces même comportements.

Les réactions ajustées du cheval libèrent les comportements affiliatifs de l’enfant (caresses, sourires, rires, jubilations, cris, vocalises, paroles). Selon Hubert Montagner, ces interactions accordées rendent possible un attachement sécure (l’attachement  se met en place lorsque la maturation du système nerveux permet de voir la mère, de sortir de la fusion mère-enfant).

  • La capacité de reproduire et imiter

Avec la capacité à reproduire et imiter, le petit de l’homme  reproduit certaines manifesta­tions de ses partenaires : gonflement et protrusion de la langue, reproduction en partie des expressions faciales, des bruits de bouche, des vocalisations, des gestes avec l’acquisition de la position assise et l’équilibre stable.

Il est difficile de savoir si les chevaux ont les compétences de reproduire et d’imiter les comportements. Néanmoins, quand le cheval en liberté se met à suivre l’enfant dans ses déplacements, n’exprime-t- il pas une forme de capacité à reproduire et  à imiter ?

  • L’organisation structurée du geste.

Cette compétence permet à l’enfant d’organiser les gestes de façon structurée et ciblée en direction des objets et des personnes.

Sans les mains, mais avec ses jambes, son encolure, son port de tête, ses postures et ses allures,  le cheval est le reflet de cette compétence d’organisation structurée du geste. Il stimule les émotions et l’imaginaire des enfants.

La rencontre, la construction du lien et l’attachement entre l’enfant et l’animal sont facilités par ce partage de compétence qui les réunit.  La capacité de l’animal à décoder les signaux et messages des humains, de s’ajuster à leurs comportements, sa flexibilité génèrent « le sentiment, voire la certitude, qu’il s’accorde à nos émotions et à nos affects »[2].

Le cheval apparaît comme le partenaire idéal de l’accompagnement socio-éducatif.

 

Cet article est extrait du mémoire, intitulé « médiation équine, vers une relation harmonieuse homme/cheval »et soutenu par My-Trang Nguyen pour l’obtention du D.U (diplôme universitaire), relation d’aide par la médiation animale, faculté de médecine de Clermont-Ferrand. Comme l’ensemble des textes de ce site, il est protégé par les articles L335-2 et suivants du code de la Propriété Intellectuelle.  voir Informations légales

[1] Hubert Montagner, l’enfant et l’animal, éditions Odile Jacob

[2] Hubert Montagner, article dans «  L’enfant et l’animal, une relation pleine de ressources », publication collective, editions ERES

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