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FENTAC : une prise de position claire et objective sur la médiation équine. Publication sur Facebook

Faut-il être diplômé pour pratiquer l’équithérapie et la Thérapie Avec le Cheval ?
Texte des 2 coprésidentes de la FENTAC, Elsa Gilbert et Brigitte Martin

Le positionnement de la FENTAC

La question de la légitimité des personnes exerçant en équithérapie est au centre des débats depuis plusieurs années. Aujourd’hui, la FENTAC souhaiterait exprimer son opinion sur la question.

  Spécialisation ou métier ?

Depuis sa création, en 1986, la FENTAC défend l’idée que sa formation en Thérapies Avec le Cheval est une spécialisation à un métier de base de soignant.
En effet, nous sommes évidemment tous des hommes et femmes de chevaux mais nous sommes également psychomotriciens, éducateurs, infirmiers, psychologues, médecins, orthophonistes ou ergothérapeutes, etc. Ce sont ces diplômes de base qui nous légitiment auprès des personnes qui nous sont confiées. C’est notre philosophie première que nous soutenons encore aujourd’hui.
Au sein de la FENTAC, chacun s’approprie cette idéologie à sa manière car chaque cheminement identitaire en tant que professionnel est différent. En effet, chacun ne donne pas la même place à la pratique de la Thérapie Avec le Cheval selon son métier de base et selon son cadre d’exercice (salarié d’une institution, gérant de sa propre structure, indépendant dans un centre équestre, etc.)
Aussi certains se définiront comme Thérapeute Avec le Cheval ou équithérapeute faisant de leur spécialisation un métier, alors que d’autres préféreront se définir par leur métier de soignant de base.
Chaque cheminement et chaque positionnement est singulier et mérite d’être respecté. Nous ne pensons pas qu’il existe de statut type. Chacun est libre de s’approprier sa formation en Thérapies Avec le Cheval comme il l’entend et d’en faire soit une spécialisation soit un métier.
Par contre, nous défendons avec conviction le fait que, pour faire du soin, il faut être soignant ; pour faire de la thérapie, il faut être thérapeute. C’est pour cette raison que notre formation (étant une formation de thérapies) n’est ouverte qu’aux personnes titulaires d’un diplôme reconnu par l’Etat dans le domaine du soin et de la relation d’aide qu’il soit du secteur sanitaire, social ou médico-social et aux psychologues qui ont leur licence et Master.
Nous tenons à rappeler que c’est un positionnement de la part de la FENTAC, c’est une opinion. Celle-ci n’est pas partagée par tous.
Et donc, pour répondre à la question qui nous occupe ici :
OUI, du point de vue de la FENTAC, il faut être diplômé de la santé ou du social pour pratiquer une Thérapie Avec le Cheval ou l’équithérapie.

Le cadre légal

Nous entendons de plus en plus dire que pour faire de l’équithérapie, il faut être équithérapeute ; et que pour être équithérapeute, il faut avoir fait une formation en équithérapie. Avant de donner notre opinion là-dessus, il convient de rappeler ce qu’en dit la loi.
Une étude juridique menée par l’IDE en partenariat avec l’IFCE et le SIPME a été publiée en 2021. Ses conclusions reflètent un état des lieux à la fois très simple, peut-être inquiétant mais surtout déjà bien connu : « les activités de médiation équine ne sont pas réglementées ».
Il est donc important de bien rappeler que, juridiquement parlant, tout le monde a le droit de faire de l’équithérapie sans devoir justifier d’aucune qualification et d’aucun diplôme.
Et donc, pour répondre à la question qui nous occupe ici :
NON, au regard de la loi Française, il ne faut pas être diplômé pour être équithérapeute ou pour pratiquer une Thérapie Avec le Cheval.

Le positionnement de la FENTAC

Pour la FENTAC, il n’est pas nécessaire d’avoir fait une formation en équithérapie ou Thérapies Avec le cheval pour pratiquer ce type d’activité en toute légitimité.
En effet, un grand nombre des professionnels qui viennent se former chez nous exercent déjà. Pour les autres, nous les encourageons à commencer à pratiquer quand ils se sentent prêts, ils n’ont pas besoin d’attendre la fin de la formation. A chaque semaine de regroupement théorique, nous proposons de l’analyse de pratique où les stagiaires qui exercent déjà (ou ceux qui sont en stages) amènent des situations cliniques.
La FENTAC n’est pas uniquement un organisme de formation, c’est avant tout une fédération qui accueille toute personne exerçant ou simplement s’intéressant aux Thérapies Avec le Cheval (définition dans nos statuts) à l’équithérapie ou à la médiation équine comme il conviendrait de l’appeler aujourd’hui. Et, notre opinion que nous défendons avec ferveur est la suivante :
TOUTES LES PERSONNES EXERÇANT DANS LE RESPECT ETHIQUE D’UNE FORMATION DE SOIGNANT ET D’UNE CONNAISSANCE SERIEUSE DU CHEVAL PEUVENT LE FAIRE SANS AUCUN SOUCI DE DEONTOLOGIE.
Toutefois, nous nous inquiétons du nombre grandissant de personnes totalement convaincues que les professionnels qui pratiquent l’équithérapie sans avoir fait une formation dite longue en équithérapie ne seraient pas dans leur bon droit, ne seraient pas légitimes.
Nous souhaitons exprimer notre profond soutien aux professionnels qui n’ont pas réalisé ces fameuses formations longues en équithérapie et qui pratiquent depuis des années, certains avec plus de 20 ans d’expérience, qui accueillent de nombreux stagiaires en formation d’équithérapie, qui font un travail remarquable pour la filière et qui subissent beaucoup trop régulièrement des attaques au sujet de leur légitimité.
Nous dénonçons ces attaques et nous tenons à leur rappeler que, pour nous, ils exercent en toute légitimité, avec notre soutien mais aussi notre gratitude.

Conclusion et ouverture pour l’avenir…
Comme vous l’aurez compris, à la question faut-il être diplômé pour pratiquer l’équithérapie et la Thérapie Avec le Cheval ? Aujourd’hui la FENTAC répond :

  • Oui, il faut être titulaire d’un diplôme de la santé ou du social (même si la loi ne l’oblige pas)
  • Non, il ne faut pas obligatoirement être titulaire d’un diplôme d’équithérapeute ou de Thérapeute Avec le Cheval (même si nous le recommandons)
    Cependant, la question d’un diplôme reconnu par l’Etat pour l’équithérapie ou la médiation équine est un sujet sur lequel nous réfléchissons de plus en plus à la FENTAC. En effet, ces pratiques sont en plein essor et elles se développent à une vitesse vertigineuse.
    Un projet de création d’un CQPI pour la médiation équine a vu le jour récemment en France. La FENTAC soutient ce projet et participe aux travaux qui sont réalisés en ce moment dans le cadre de la création de ce certificat de qualifications professionnelles. Nous sommes convaincus qu’un tel projet peut être fédérateur au sein de la filière et être la première marche vers une réglementation qui s’avère de plus en plus nécessaire.

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Entre l’enfant et l’animal, un partage de compétences socles

Des interactions facilitées par un partage de compétences socles

Pour Hubert Montagner, les animaux ont probablement développé des capacités à stimuler et libérer des émotions, des capacités proches des compétences socles de la vie relation­nelle, fondamentales dans la construction de l’enfant[1].

« Eponge affective », miroir des émotions et affects des petits des hommes, l’animal offre la possibilité de s’ajuster émotionnellement et affectivement, de « s’accorder » pour se structurer dans un processus d’attachement sécure.

L’enfant humain développe dès sa venue au monde des compétences socles essentielles pour se construire et il les partage avec certains animaux familiers, dont le cheval.

Les compétences socles sont un concept issu de recherches, études et observations cliniques sur l’enfant, pour mieux comprendre les socles fondamentaux de sa construction. Ces compé­tences permettent à l’enfant d’adopter des comportements nécessaires à la satisfaction des besoins vitaux et de s’ajuster à l’environnement, en particulier de s’accorder avec le partenaire d’attachement.

Cinq compétences socles se développent dans les interactions précoces avec la mère et les proches.

  • L’attention visuelle soutenue

Cette capacité permet au tout jeune enfant de maintenir le regard focalisé sur un objet ou une personne et d’intégrer les informations sensorielles qui lui permettent, dans un processus d’association, de combinaison et d’intégration, d’organiser ses propres messages pluri sensoriels.

Les chevaux ont des compétences socles d’attention visuelle soutenue, mais la latéralisation des yeux et la masse de l’animal limitent les interactions de proximité. Néanmoins, il a une vision panoramique et a la possibilité de tourner la tête pour chercher le regard de l’autre et cela se traduit, dans cette étude, par des comportements de curiosité qui ont pu s’exprimer dans un contexte détendu et en ayant la liberté de mouvement. En liberté, il lui arrive de planter son regard dans celui de l’enfant, recherchant le contact visuel.

  • L’élan à l’interaction

Avec l’élan à l’interaction, le jeune enfant manifeste des comportements qui réduisent la distance interpersonnelle, provoquent la proximité corporelle et des contacts apaisés.

En liberté ou guidé à la longe flottante, le cheval, libre de ses mouvements, se rapproche et cherche le contact tactile et olfactif, dans une interaction affiliative par la position «  naseau-nasale », le léchage des mains ou un essai avec l’humain de toilettage mutuel en se frottant contre son corps ou en simulant le mordillement. En portage, cette interaction de proximité n’est guère possible, c’est surtout l’attention visuelle soutenue qui s’exprime de la part du cheval.

  • Le comportement affiliatif

Le comportement affiliatif montre une adhésion aux actes, émotions et affects, aux représenta­tions et intentions du partenaire : sourires, rires, comportements jubilatoires, sollici­tations de l’attention, caresses, prises de la main, bouche posée sur une zone corporelle du parte­naire.

Ce comportement se retrouve chez le cheval étudié. Au portage : l’enfant épouse les mouve­ments du cheval, ajuste son équilibre tonico-postural et organise ses gestes. Il découvre des sensations et des perceptions nouvelles. Dans ce dialogue corps à corps, le cheval perçoit les variations des postures et comportements, les sons émis par le partenaire, les états internes de l’enfant (attristé, craintif, colère). Ainsi, il perçoit l’agitation de l’enfant ou sa joie (qui le fait se trémousser sur son dos), ce qui met d’ailleurs l’animal dans l’inconfort. Il perçoit aussi ses émotions et comportements positifs tels qu’amical, attentif, curieux, détendu, sociable et déve­loppe ces même comportements.

Les réactions ajustées du cheval libèrent les comportements affiliatifs de l’enfant (caresses, sourires, rires, jubilations, cris, vocalises, paroles). Selon Hubert Montagner, ces interactions accordées rendent possible un attachement sécure (l’attachement  se met en place lorsque la maturation du système nerveux permet de voir la mère, de sortir de la fusion mère-enfant).

  • La capacité de reproduire et imiter

Avec la capacité à reproduire et imiter, le petit de l’homme  reproduit certaines manifesta­tions de ses partenaires : gonflement et protrusion de la langue, reproduction en partie des expressions faciales, des bruits de bouche, des vocalisations, des gestes avec l’acquisition de la position assise et l’équilibre stable.

Il est difficile de savoir si les chevaux ont les compétences de reproduire et d’imiter les comportements. Néanmoins, quand le cheval en liberté se met à suivre l’enfant dans ses déplacements, n’exprime-t- il pas une forme de capacité à reproduire et  à imiter ?

  • L’organisation structurée du geste.

Cette compétence permet à l’enfant d’organiser les gestes de façon structurée et ciblée en direction des objets et des personnes.

Sans les mains, mais avec ses jambes, son encolure, son port de tête, ses postures et ses allures,  le cheval est le reflet de cette compétence d’organisation structurée du geste. Il stimule les émotions et l’imaginaire des enfants.

La rencontre, la construction du lien et l’attachement entre l’enfant et l’animal sont facilités par ce partage de compétence qui les réunit.  La capacité de l’animal à décoder les signaux et messages des humains, de s’ajuster à leurs comportements, sa flexibilité génèrent « le sentiment, voire la certitude, qu’il s’accorde à nos émotions et à nos affects »[2].

Le cheval apparaît comme le partenaire idéal de l’accompagnement socio-éducatif.

 

Cet article est extrait du mémoire, intitulé « médiation équine, vers une relation harmonieuse homme/cheval »et soutenu par My-Trang Nguyen pour l’obtention du D.U (diplôme universitaire), relation d’aide par la médiation animale, faculté de médecine de Clermont-Ferrand. Comme l’ensemble des textes de ce site, il est protégé par les articles L335-2 et suivants du code de la Propriété Intellectuelle.  voir Informations légales

[1] Hubert Montagner, l’enfant et l’animal, éditions Odile Jacob

[2] Hubert Montagner, article dans «  L’enfant et l’animal, une relation pleine de ressources », publication collective, editions ERES